Quand personne ne décide
- Laetitia PARENT

- 5 nov. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 17 heures
Chronique d’une réunion très productive… sauf sur l’essentiel
Sur les lieux du drame

La salle est prête.
La table est grande.
Les chaises sont disposées avec soin, comme si l’alignement du mobilier allait provoquer celui des idées.
Les participants arrivent.
On se salue.
On vérifie que tout le monde est bien connecté.
On règle un micro.
On demande si tout le monde voit bien le document.
La réunion commence.
Très vite, je comprends que personne ne sait exactement ce qu’on est censé décider.
En revanche, tout le monde est parfaitement au courant de ce dont on va parler.
On contextualise.
On rappelle l’historique.
On précise le cadre.
On évoque les contraintes.
On souligne les points de vigilance.
On partage des ressentis très mesurés.
C’est fluide.
C’est courtois.
C’est intelligent.
Et plus le temps passe, plus une certitude s’installe : rien ne sera tranché aujourd’hui.
Je prends des notes. Par réflexe. Pour donner le change.
À l’intérieur, je soupire. Discrètement. Le genre de soupir socialement acceptable, celui qui dit :« Nous sommes en train de faire exactement ce que nous savons tous que nous faisons. »
Alors, je me suis demandé....

Comment est-il possible de parler autant sans jamais décider ?
Pourquoi certaines réunions donnent-elles l’impression d’un ballet parfaitement chorégraphié… qui n’avance pas d’un pas ?
Pourquoi le mot décision est-il si souvent remplacé par :
– on va y réfléchir
– on va se revoir
– on va affiner
– on va laisser mûrir
Et surtout : qu’est-ce qui rend ce non-choix collectif si confortable, au point de devenir la norme ?
Autopsie psycho-organisationnelle
(ou l’art collectif de ne pas porter le chapeau)

Ne pas décider est rarement un oubli. C’est souvent une stratégie inconsciente très bien partagée.
Décider, c’est :
prendre une responsabilité,
s’exposer à la critique,
accepter qu’il y ait un avant et un après.
Ne pas décider, en revanche, permet :
de rester d’accord avec tout le monde,
de ne froisser personne,
de préserver l’illusion du consensus.
Dans une réunion, la responsabilité se dilue très vite.
Plus il y a de monde, moins il y a de décision.
C’est presque mathématique.
Alors on parle.
On nuance.
On encadre.
On complexifie.
Et le flou devient une valeur refuge.
Chacun repart avec le sentiment d’avoir contribué…sans avoir eu à assumer.
Rééducation de la décision (sans brutalité managériale)

J’ai appris une chose simple : une réunion sans décision n’est pas un problème de méthode.
C’est un problème de peur.
Peur de se tromper.
Peur d’être seul à porter le choix.
Peur d’endosser le rôle de celui ou celle qui tranche.
Exercice minimaliste, mais redoutablement efficace :
Je prends un cahier, un stylo et je dessine un tableau avec 4 colonnes:
– Qu’est-ce qui doit être décidé aujourd’hui, concrètement ?
– Qui est légitime pour décider ?
– Que se passe-t-il si on ne décide pas maintenant ?
– Quel est le coût réel de l’attente ?
Et surtout , je me pose sincèrement cette question :
Préférons-nous un choix imparfait… ou un flou parfaitement confortable ?

Ne pas décider donne souvent l’impression de gagner du temps.
En réalité, on le déplace.
Et pendant que les réunions s’enchaînent, les décisions, elles, continuent de se prendre… ailleurs, plus tard, ou à notre place.
Parfois, décider, ce n’est pas être autoritaire.
C’est simplement accepter que le flou ait assez duré.
CHRONIQUE D'UNE COACH
SANS FILTRE (NI ENCENS)
Pour rire, penser et se guérir...
même si c'est pas toujours dans cet ordre!





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