Quand on appelle “résilience” ce qui ressemble furieusement à de l’épuisement
- Laetitia PARENT

- 7 janv.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 17 heures
Ou comment tenir est devenu une performance olympique
Sur les lieux du drame

Je tiens.
Je tiens bien, même.
Debout. Droite. Fonctionnelle.
Avec ce petit sourire professionnel qui dit : « Oui, c’est intense, mais je gère. »
Je gère tellement que je ne sais plus très bien quoi.
Mais je gère.
Je tiens parce que j’ai appris que tenir, c’était bien.
Que tenir, c’était mature.
Que tenir, c’était respectable.
Je tiens comme on serre les dents chez le dentiste en se disant que ça va bientôt être fini, sauf que là… la séance dure depuis des mois.
Tout le monde me félicite.
Pour ma résilience.
Ce mot magnifique, solide, valorisant, qu’on distribue comme une médaille.
Moi, je souris.
Et intérieurement, je me demande à partir de combien de nuits hachées
on arrête d’appeler ça de la force.
Alors, je me suis demandé....

À quel moment ai-je confondu résister et vivre ?
Pourquoi est-ce que j’applaudis ma capacité à encaisser, plutôt que de m’interroger sur ce que je suis en train d’accepter ?
Pourquoi est-ce que renoncer à s’arrêter est devenu une preuve de valeur, alors que personne n’a jamais reçu de prix pour avoir tenu jusqu’à l’extinction ?
Et surtout : pourquoi est-ce que s’écouter passe encore trop souvent pour un caprice,
quand tenir passe pour une vertu ?
Autopsie psycho-héroïque
(ou comment l’adulte solide finit par se fissurer en silence)

La résilience est une qualité précieuse.
À petite dose.
Mais mal comprise, elle devient un piège très chic.
On appelle résilience :
– le fait de ne pas craquer
– de continuer malgré tout
– de s’adapter encore
– de faire avec
Le problème, c’est que le malgré tout finit par devenir un mode de vie.
Alors on s’habitue.
On normalise.
On appelle “période” ce qui est en train de s’installer.
Et comme tout cela est très valorisé socialement,
personne ne pose la question qui dérange : « Mais à quel prix ? »
Rééducation de la solidité intelligente (sans cape de super-héros)

J’ai compris une chose essentielle : être résilient ne signifie pas tout supporter.
Exercice simple, sans discours motivationnel :
Je prends un cahier, un stylo et je dessine un tableau avec 4 colonnes:
– Ce que je tiens aujourd’hui
– Ce que cela me coûte réellement
– Ce que je m’interdis en appelant ça “normal”
– Ce que je redoute si je lâche un peu
Puis, je me pose sincèrement cette question, délicate mais nécessaire :
Et si ma résilience était devenue une manière élégante d’éviter de changer quelque chose ?
S’arrêter n’est pas renoncer.
C’est parfois choisir autrement.

La résilience n’est pas une obligation morale.
Ce n’est pas un devoir.
Et certainement pas un état permanent.
Tenir peut être utile.
Mais tenir trop longtemps finit par abîmer.
La vraie force, parfois,
ce n’est pas de continuer.
C’est d’avoir le courage de dire : « Là, ce n’est plus de la résilience. C’est de l’usure. »
CHRONIQUE D'UNE COACH
SANS FILTRE (NI ENCENS)
Pour rire, penser et se guérir...
même si c'est pas toujours dans cet ordre!





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